Testo Au Docteur L.

Testo Au Docteur L.

Véhicule arrêté, la nuit, sur le bord de la route.
"Avez vous besoin d'aide ... , Camarade."

Je vous ai vu quand je passais très vite,
Rompu devant le matin hurlant qui venait,
Je vous ai vu et ne me suis pas arrêté
J'ai vu trop d'hommes fatigués,
Fatigués, au bout du rouleau,
La gueule ouverte, usé par la route
Impossible à tenir le coup quand le jour vient

Je vous ai vu dans les bars sur le matin
Quand t'as fumé dans la nuit ton paquet de cigarette
L'alcool finit par te déclancher la marée,
Le filtre n'envoie plus dans le circuit que les mots qui font vraiment mal.
Tu es injuste avec ta vie, mais après tout, elle a,
Des oeillères sur les yeux comme un cheval
qui se traîne depuis toujours sans savoir ce qu'il traîne vers le paddock final,
De toutes façons, ses jambes lui font déjà mal...

Certains soirs, chez un amis, ivre de fatigue et de vide,
Pris tout d'un coup de l'allégresse des suicidaires
Tu te mets à gueuler au sujet d'être utile et d'être pur Et de bruler sa vie dans sa pipe à défaut d'un autre tabac
Les copains font semblant de croire
Que ce sont là propos d'ivrogne,
Mais ils te considèrent avec terreur
Ils voient comme toi la vérité sur l'état du malade
Et l'étrange couleur des draps...

L'épouse qu'on a choisi, qu'on n'aime plus, qu'on aime encore,
Sur laquelle les jeunes gens se retournent en ville sans qu'elle y croie
Elle écoute et elle pousse tant qu'elle peut la porte sur ce froid
Parceque pour cette affaire là, elle a de l'avance sur toi
Elle ne sait plus si elle t'aime encore, peu importe
Il faut remettre la machine dans l'ornière ... et repartir
Oh femme, oh femme, ne te détourne pas s'il te plaît de cet homme là
Rentrons docteur, rentrons, dans cette maison, qui ne sera jamais notre maison
Arrête la voiture, je ne sais pas où, mais j'ai mal,
Respire de l'air qui vient du pays natal

Véhicule arrêté, la nuit, sur le bord de la route.
"Avez vous besoin d'aide ... , Camarade."

J'ai vu trop d'hommes fatigués,
Si je vous dit je suis heureux, ah croyez moi, m'en voudrez vous, camarade
Si je ne m'arrête pas, je passe à toute vitesse, bien protégé par mon jeune age,
Docteur, tenez la main de cette compagne incomparable
Que vous avez, remettez le contact, en roulant sagement, ça ira ....

Testi di Jacques Bertin